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296 - ENFIN LA LUMIÈRE !

Sur ce site à idées fixes, pendant que notre grand reporter international Knoppy explore, braguette ouverte et baguette sous le bras, du côté des pissotières de Castres (article 294) on va rajouter un petit complément d'objet direct à l’article précédant (article 295), qui t'apprenait à lire ta facture EDF.

Dans les années 70, mémoire d'ex-clown atomique qui a tourné dans toute l'Europe oblige, alors que des pays comme le Danemark, le plus prospère d’Europe et pourtant jamais nucléarisé, mettait le paquet sur les énergies renouvelables, les nucléocrates français faisaient appel à une vieille technique, héritée de Papin : transformer de la vapeur en électricité, pour, à l’arrivée la retransformer en chaleur -chauffage électrique- avec à la clef 70% de perte d’énergie (en vertu du principe de Carnot… sur lequel je ne m'étendrai pas car tous les lecteurs connaissent). cette cocotte minute nucléaire, héritée du 19ème siècle était, claironnaient-ils, « l’énergie la moins cher » au monde. À lire ta facture EDF, tu commences aujourd’hui à en être persuadé.

L’an passé sur ce site, à cette même époque, on en était restés à l’EPR en construction à Flamanville et à sa cuve, si tôt installée, déjà percée (article 198 ). L’EPR, fleuron de la technologie française ! La cocotte minute dernier cri au pays le plus nucléarisé du monde !

L'EPR en était déjà à près de trois fois son coût initial (10 milliards au lieu de 3,5 milliards du début)… avec un EPR jumeau en Finlande aux mêmes retards accumulés. Tu commences à piger ta facture salée d’EDF ?

Mais c’est pas tout. Attends la suite.edf

La cousine d’EDF, la belle AREVA, qui gère son complément : l’usine de retraitement des déchets de La Hague, autre fleuron nucléaire, était aussi en pleine déconfiture. Une façade lézardée difficile à grimer. Olivier Fric, un nom prédestiné, le mari de la patronne Lauvergeon, -ex-égérie de Mitterand qui l’avait propulsée à ce poste-  avait fait joujou avec le fric de l’entreprise en spéculant sur des mines d’uranium en Namibie (dossier Uramin). Il s’est retrouvé avec une mise en examen sur le dos pour recel, délit d’initié et blanchiment. La sœur Anne, sa nana, qui de sa tour -de taille- avait pourtant vu venir, s’est retrouvée à poil (au paradis, Mitterand devait être aux anges) et, dans la foulée, virée d’Areva, également à poil de cinq milliards, c’est-à-dire au bord de l’asphyxie.

L’État –toi et moi- généreux comme toujours, a recapitalisé le trou d’Areva en obligeant EDF à prendre sous son aile la patate chaude déficitaire. Et voilà de quoi alléger ta facture.

Mais c’est pas tout. Attends la suite.

Quand on est criblé de dettes et que l’Etat, derrière, assume avec ton fric, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Rien de plus marrant qu’une fuite en avant : enfler encore ta dette pour montrer aux autres qu’on a peur de rien. Surtout des Anglais, ces froussards qui, depuis leur gros pépins à leurs usines de retraitement nucléaire de Windscale (1957) et Sellafield (2014) préférent, par prudence, faire appel aux grenouilles, rois de la magouille.

Cette fois c’est à Hinkley Point que 2 nouveaux EPR vont être parachutés. Comme EDF a vraiment du mal à les construire en France et en Finlande, fort de ce "retour sur expérience", en fourguer deux tranches aux rosbeef, pour un total de 24 milliards d’euros, tient du patriotisme national. Sauf que les risques financiers sont à charge d'EDF. Le deal, pas encore tout à fait entériné, a été passé fin mars dernier avec le soutien actif de Bercy. Le directeur financier d’EDF (Thomas Piquemal), moins assuré que son patron (Jean-Bernard Levy) de « la faisabilité du projet », a aussitôt démissionné.

Et voilà pourquoi ta facture est malade. Et le thermomètre n’a pas fini de grimper. Sans directeur financier, les ordis d’EDF vont s'affoler et te pondre n’importe quoi. Ils trouveront bien un joli nom de baptême pour leur prochaine taxe à majuscule, Destinée à Dissimuler leurs Conneries (DDC).

Mais c’est pas tout. Attends la suite.

Les déchets radioactifs s’accumulent sur tous les sites. Le site d’enfouissement de Bure plus personne n’y croit. Qui va avaler ce dégueulis de déchets hautement toxiques, et pour des milliers de générations, et à quel prix ?

Mais c’est pas tout. Attends la suite.

EDF n’a presque rien provisionné pour le démantèlement de ses centrales vieillissantes contre lesquelles les voisins (Belges, Allemands et Suisses) commencent à gueuler ouvertement. La seule expérience concrète, le démentèlement de la petite centrale de Brennilis, n’en finit pas de dépasser les coûts prévisionnels : 219 millions prévus en 2005, 653 millions déjà aujourd'hui, sans compter le coût d'enfouissement des déchets... avec au moins 40 ans de bricolages dangereux avant de pouvoir revenir à l'herbe.

Heureusement qu’on est gouverné au plus haut niveau par des têtes d’œufs à cravates, donc respectables, sortis des grandes zécoles. Ils jonglent avec les milliards (pas les leurs) comme toi avec tes centimes. Sans eux, t’aurais bien du mal à dépenser tous tes sous.

Et t’as pas finit de rigoler : un beau jour tout ça va te péter à la gueule comme à Tchernobyl et Fukushima. Mais je ne serai peut-être plus là, ni toi non plus, pour te commenter ta nouvelle facture.

JK