225 - PILLARDS, REQUINS ET ASSASSINS (2)

 China-fric

Il existe, dans le vaste monde, un grand pays frère, cher à notre Christian Troadec, l'ex-Empire du milieu, la Chine. Les Chinois pratiquent une forme de communisme très particulière, avec des paysans pauvres qui fournissent une main-d'oeuvre relativement docile d'esclaves ruraux bon marché, une classe moyenne qui découvre les joies du consumérisme à l'occidentale et une élite de milliardaires avides. Vous l'aurez compris, c'est très différent du libéralisme débridé à l'américaine, par exemple. Depuis quelques années, la Chine a décidé de s'implanter durablement en Afrique pour y apporter les bienfaits du Confucianisme. De son côté, en contrepartie de ce quasi-mécénat, le continent noir assure l'approvisionnement en ingrédients de la pharmacopée traditionnelle extrême-orientale, en terre arable, en ressources halieutiques (ça veut dire des poissons) et en bois précieux.

C'est ainsi qu'en moyenne, un éléphant est tué toutes les quinze minutes, que les rares rhinocéros survivants vont très vite disparaître, sans oublier les millions de requins amputés de leurs nageoires et rejetés agonisants à la mer, car contrairement au cochon, chez le squale, seul l'aileron est bon. Sur l'ensemble des océans, cette technique du shark finning décime trois requins par seconde. chinemail

Comme les Chinois commencent à tenir compte de leur opinion publique et qu'ils deviennent soucieux de leur image environnementale à l'export, ils ont établi des lois contraignantes qui restreignent l'exploitation forestière dans leur propre pays, à l'image de nos démocraties occidentales. Dans ces conditions, la seule solution pour continuer à fabriquer les milliers de tonnes de contre-plaqué et de mobilier de jardin dont nous sommes si friands, c'est d'aller déforester ailleurs. Mais attention ! Ce sont des communistes, donc ils ont une éthique. Pas question de pratiquer le plus infime soupçon de néo-colonialisme. C'est de l'aide au développement ! Ah-ah ! Des ponts, des routes, des villages et des villes préfabriqués, des voies de chemin de fer et des ports en eau profonde... Et tout ça gratos ! Bon, peut-être avec quelques compensations, mais vraiment minimes... Au Mozambique par exemple : un petit pays d'Afrique de l'est, en face de Madagascar, ancienne colonie portugaise au dictateur infréquentable pour nous autres blancs civilisés. Pourquoi ce chef d'Etat en particulier est-il encore plus tricard que bien d'autres despotes sanguinaires ? Ben, je ne sais pas ce qui le distingue vraiment, mais du coup, les investisseurs chinois, qui n'ont pas ces pudeurs, ont décidé de mettre le paquet.

-       Salut Camalade Bamboula ! Alols, comment que c'est ?

-       Ah, Missié Camawade Bwana, moi y'en a pauvwe paysan dans la misèwe...

-       Ça te dilait de gagner plein de flic ?

-       Oh oui, Missié Camawade Bwana !

-       Eh bien, voilà ma ploposition : je te donne cette belle tlonçonneuse et tu abats tous ces putains d'albres inutiles qui défigulent le paysage. Dans un an, tu aulas lemboulsé mon cadeau et tu poullas te mettle à ton compte. Et quand il y aula plus de folêt, tu felas pousser des ananas, je te donnelai une pompe poul illiguer...

-       Oh mewci, Missié Camawade Bwana !

Et voilà ! Le tour est joué, le problème est résoud (*)! L'obtention des papiers et des tampons officiels « Bois issu d'une forêt gérée durablement » n'est plus qu'une simple formalité corruptible que nos irréprochables négociants français pratiquent ailleurs, au Congo ou en Amazonie, pour les billes exotiques qui arrivent sur les ports du Havre ou de La Rochelle.

Pour respecter la législation internationale qui exige que les arbres soient « transformés » sur place avant d'être chargés sur les cargo porte-containers, il suffit d'installer une vague scierie sur le port. Avantage : deux fois plus de troncs dans un même volume ! Hi-hi-hi !

Mais, me demanderez-vous, quid de notre bel héritage gaullien et des liens privilégiés que la France entretient historiquement avec l'Afrique ? Alors c'est simple : pour les économistes les plus visionnaires et les plus audacieux, c'est un vaste marché émergent potentiel. Après Renault, PSA va implanter une usine au Maroc, ce qui va attirer les équipementiers, puis les boîtes de Travaux Publics, les designers de ronds-points et les fabricants de képis. Et peut-être ainsi les voitures françaises deviendront-elles résistantes, fiables, faciles à entretenir et pas trop chères à réparer ? (nan-nan, je déconne là...). En tous cas, vivement demain ! quand chaque ménage africain aura deux bagnoles comme tout le monde !

Mmmmouais... C'est quand même du long terme, et d'ici là, on ne trouvera peut-être plus une goutte de pétrole.

(*) mais oui, je sais... Le mystère des verbes en « oudre »...

Knoppy (texte et dessin)